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Carrière de sable de Borodougou: Une catastrophe environnementale à ciel ouvert

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À Borodougou, village situé à une quinzaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, l’exploitation d’une carrière de sable est la principale source de revenus des populations locales. Entrée en exploitation depuis les années 1990, ce site est aujourd’hui un grand désastre environnemental. Après plusieurs tentatives de fermeture sans issue, les autorités régionales et municipales semblent être impuissantes face à ce problème.

Autrefois un site touristique où les riverains visitaient les falaises, aujourd’hui le village de Borodougou se remarque beaucoup plus à travers sa carrière de sable. Difficile d’emprunter la RN1 en passant par Borodougou sans que la grande fosse de l’exploitation sablonneuse de ce village n’attire votre attention. L’histoire de l’exploitation dz cette carrière remonte aux années 1990 selon les anciens du site.

La carrière de sable de Borodougou s’étend à des pertes de vue

« C’est vers 1994 que l’exploitation du sable a commencé ici à Borodougou. À l’époque, c’était de façon modérée. Maintenant, chaque jour, plusieurs camions viennent se ravitailler en direction principalement de Bobo-Dioulasso », nous confie un ancien du village.

En effet, la carrière de sable de Borodougou s’étend sur une quarantaine d’hectares et laisse apparaître une très grande fosse à perte de vue.

200 chargements par jour

Les exploitants sont majoritairement les propriétaires terriens et les jeunes du village, affirme la source. « Chaque famille qui avait un terrain par ici, gère présentement son exploitation. Avant toute extraction de sable, le propriétaire du camion-benne verse au préalable une somme », ajoute-t-il.

« Le prix du sable dépend de la taille de la benne ici. Il y a des bennes que l’on charge à 7 000 F CFA, d’autres à 15 000 F CFA, et certaines à 18 000 F CFA. Les frais d’exploitation, eux, varient entre 2 000 et 3 000 F CFA. Ils sont versés aux propriétaires terriens après chaque chargement », nous confie Ibrahim Sanou, un jeune conducteur.

En cette matinée, il est présent sur le site comme tous les autres jours. Son objectif, honorer ses commandes pour les constructions de chantiers à Bobo-Dioulasso.

Et de préciser que par jour, au moins 200 chargements de camions en sable fin, moyens et gros grains sont extraits sur ce site. « Ceux qui sont rapides peuvent faire 2 à 3 navettes sans problème », poursuit le jeune conducteur.

La principale source de revenus des jeunes du village depuis des années

Sur ce site, plus de 4 000 jeunes de Borodougou et des villages environnants y gagnent leurs vies depuis des années. Parmi eux figure Boureima Traoré. Il vient chaque jour de Kotédougou (village situé à quelques minutes de Borodougou) pour travailler. « Je travaille ici comme chargeur de sable, il y a plus de 3 ans. Par jour, je peux me retrouver avec 5 000 ou 6 000 F CFA comme revenus. Je gagne bien ma vie », lâche-t-il.

L’accès à la carrière de Borodougou

Au-delà du revenu que procure le site aux jeunes et aux propriétaires terriens, cette carrière de sable devient progressivement un tombeau à ciel ouvert, et les dégâts sur l’environnement deviennent inquiétants.

En effet, plusieurs espaces animaliers et végétaux que renfermait le site ont été abattus avec l’avancée de l’exploitation. À l’état actuel, la RN1 est, elle aussi menacée.

L’axe Bobo-Ouaga en danger

La fosse s’est progressivement élargie avec les saisons pluvieuses. Aujourd’hui, elle est à moins de 7 mètres du bord du goudron. Par mégarde, un conducteur peut facilement terminer sa course dans la fosse de plus de 10 mètres de profondeur.

Les usagers ne sont pas les seuls à être en danger avec cette carrière. Il arrive que les exploitants soient eux aussi victimes.

En 2018, deux jeunes chargeurs sont morts par éboulement dans ces fosses d’extraction. En mai 2023, deux autres décès par éboulements ont été signalés.

Face à ce problème, certaines sources nous confirment qu’en 2006, le gouverneur de la région des Hauts-Bassins avait interdit l’extraction de sable dans cette carrière. Là aussi, les propriétaires terriens ont imposé une riposte, et ont justifié qu’il s’agissait de terres ancestrales.

Après cela, plusieurs autres communiqués municipaux ont appelé les exploitants à arrêter la pratique. Mais jusque-là, l’exploitation se poursuit. Selon notre source du village, ces mesures n’aboutissent pas car il y a beaucoup de hautes personnalités de ce pays qui ont leurs camions-bennes sur le site.

L’axe Bobo-Ouaga sérieusement menacé

Cherchant à comprendre pourquoi les exploitants font la sourde oreille par rapport aux ordres des autorités, un propriétaire terrien a refusé de se prêter à nos questions.

Quelle solution face au péril ?

Visiblement, les autorités régionales et municipales semblent être impuissantes face à ce problème majeur. Les regards semblent maintenant tournés vers l’Etat pour trouver une solution au phénomène.

Une des solutions serait de recenser les jeunes exploitants et les propriétaires terriens et de leur chercher des emplois convenables avant d’envisager la fermeture du site. Il faut noter que la carrière de sable de Borodougou n’a été soumise à aucune évaluation environnementale avant son exploitation comme le recommande l’article 25 du Code de l’environnement qui dit : « Les activités susceptibles d’avoir des incidences significatives sur l’environnement sont soumises à l’avis préalable du ministre en charge de l’environnement après la conduite d’une évaluation environnementale ».

Mais au regard de la durée de son exploitation, des solutions à l’amiable seraient mieux adaptées. L’urgence s’impose face à cette carrière de sable qui est, dit-on, un prolongement des falaises de Banfora et se termine en République du Mali.

Léandre Sosthène SOMBIE/ Collaborateur Ouest info

leandresosthene61@gmail.com

La rédaction
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Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

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