mercredi, mai 22, 2024

WhatSapp : +226 71 13 69 42

spot_img
spot_img
spot_img

Licenciement de 101 employés à la SAP Olympic : 18 ans après, les victimes réclament toujours réparation

spot_img

Partager sur

En 2005, 101 employés ont été licenciés par la Société africaine de pneumatiques (SAP Olympic). Selon les victimes, c’est à la suite d’une manifestation pour réclamer des contrats à durée indéterminée que cette décision a été prise. Depuis plus de 15 ans, ils essaient d’accéder à leurs droits de licenciement, sans suite. La plupart d’entre eux vivent aujourd’hui dans une situation de précarité. Le jeudi 26 octobre, Ouest info a fait une immersion dans leur lieu de regroupement habituel pour comprendre davantage leur situation.

Il est 9h30 ce 26 octobre à l’esplanade de la mairie centrale de Bobo-Dioulasso, précisément devant la maison des jeunes. À l’affiche, une vingtaine de personnes regroupées devant la salle fermée à clé. Sous l’ombrage du petit mur, certains sont campés sur des motocyclettes, d’autres se tiennent debout, pendant qu’une grande partie est assise à même le sol. Les regards défoncés, la déception peut se lire aisément sur les visages bientôt envahis de rides, dû au poids de l’âge. 15 ans en arrière, ces personnes avaient une vie plus ou moins stable quand elles étaient encore employées à la SAP Olympic.

Licenciés pour avoir réclamer de meilleures conditions de vie et de travail

Tout commence en 2005 quand 101 employés dont fait partie le petit groupe, ont décidé de défendre leurs droits en demandant des contrats stables. Après avoir été employés à plusieurs reprises sous des contrats à durée déterminée (CDD) par la SAP Olympic, ils estimaient qu’il était temps d’avoir droit a des contrats à durée indéterminée.

Selon la loi burkinabè, une entreprise est tenue d’offrir un contrat à durée indéterminée (CDI) à ses employés après deux contrats à durée déterminée. « Malheureusement, la SAP Olympic a ignoré cette règle essentielle ». Parmi les 101 employés, certains étaient mécaniciens, d’autres soudeurs, monteurs et bien d’autres techniciens spécialistes.

La plupart de ces anciens agents ont consacré 10 années de leur vie à cette société et certains, près de 20 ans sous des CDD. Du jour au lendemain, ils se retrouvent sans emplois, avec des familles à prendre en charge.

Adama Sawadogo, représentant des 101 licenciés de la SAP en 2005

En effet, suite à leur demande, ces travailleurs ont « injustement » été licenciés. « C’est en 2004 que le problème a commencé. Nous étions sous CDD et les contrats étaient signés chaque 15 du mois. Ce qui faisait des contrats mensuels. On avait des bulletins de paie et on bénéficiait des congés payés. Nos cotisations étaient aussi reversées à la CNSS et on bénéficiait des allocations familiales. L’employeur a, au bout d’un moment, estimé qu’il était frappé par tout ça », explique le représentant des licenciés, Adama Sawadogo. 

La SAP, dit-il, a alors amené un service de placement pour y reverser l’ensemble des 101 employés. Dans ce service nommé « Fast inter », le contrat stipulait que les employés devaient maintenant travailler deux semaines, et observer une pause de deux autres semaines, non-payées. Ce que les travailleurs ne pouvaient supporter, en plus du nombre important de CDD qu’ils ont signé sans être embauchés.

« Avec Fast inter, la cotisation CNSS n’était plus payée et même les accidents de travail n’étaient pas pris en charge. Nous avons trouvé que cela n’était pas normal car il y a des gens qui avaient fait 10 ans, d’autres 15, certains 20 ans. On s’est donc opposé à cela au regard du grand travail que nous abattions. Moi particulièrement, je travaillais sur une machine de 500 mha, avec tous les risques possibles », ajoute M. Sawadogo.

La précarité, le quotidien des 101 travailleurs licenciés par la SAP

C’est de là que les employés ont manifesté leur ras-le-bol. Ce qui a conduit à leur licenciement. Ils ont tenté des médiations avec l’employeur, plus de trois mois, sans avoir gain de cause.

Au-delà du cadre professionnel, Adama Sawadogo soutient que ce licenciement a bouleversé la vie de l’ensemble des 101 employés. « Quand on nous a licencié, quelques jours après, il y a un de nos collègues qui a piqué une crise d’épilepsie. Sa femme a fini par le quitter et il en est décédé. En plus de lui, il y a 14 autres de nos collègues qui sont décédés après ce licenciement. Plus de 20 épouses ont quitté le foyer à cause de la précarité financière de leurs maris », regrette Adama Sawadogo.

Lui, de son côté, depuis leur licenciement, il ne fait que de petits boulots afin de pouvoir joindre les deux bouts. Avec cette rentrée scolaire, les choses se compliquent davantage pour lui. « C’est la galère. J’ai mes deux enfants qui sont là, l’école a commencé, mais je ne sais pas comment je vais me débrouiller pour les faire prendre la route de l’école cette année », confie-t-il.

Issa Soré a consacré 9 ans de sa vie à la SAP

Tout comme Adama Sawadogo, Issa Soré ressent toujours les stigmates de son licenciement. Il est rentré à la SAP en février 1998. Licencié en 2005, jusqu’à présent, il est au chômage et la vie, dit-il, est dure à supporter de son côté. « C’est très dur. J’ai deux enfants et je n’arrivais pas à payer leurs scolarités. J’ai dû faire sortir l’un de l’école et laisser l’autre. Je n’ai même pas les moyens pour prendre soin de mes enfants », nous confie-t-il d’un ton calme qui camoufle mal son désarroi.

Face à cette situation, il indexe d’un doigt accusateur la justice. « Nous, nous n’avons pas les moyens. Si chaque fois la vérité est retranchée pour être remise à ceux qui ont les moyens, le pays va devenir comment », questionne-t-il, tout remonté.

Contrairement à Adama et Issa, Abdoulaye Soré lui, a réussi à se reconvertir professionnellement, en se procurant une quincaillerie. Cependant, ces deux dernières années, confie-t-il, les affaires ne marchent plus trop. « Avant, le marché roulait bien et j’arrivais à satisfaire les besoins de ma famille. Mais maintenant, c’est très mou. Je crois que c’est dû à la situation sécuritaire que le pays traverse », se convainc M. Soré.

Dans le lot des licenciés, Jean-Marie Sanou est celui qui a son nom en première ligne. Il se fait affectueusement appeler « Jean-Marie et 100 autres ». « Aucun d’entre nous ici n’a un bon travail. Si tu perds ton emploi, c’est de prier Dieu. Présentement, mes enfants ne partent pas à l’école. J’ai cinq gosses. C’est la plus petite qui a 4 ans. Depuis notre licenciement, ça ne va pas », lâche-t-il.

Jean-Marie Sanou ne veut simplement que ses droits de licenciement

Un feuilleton judiciaire enclenché…

Au regard de « l’injustice » subit par ces travailleurs, ils ont décidé d’engager des poursuites judiciaires contre leur employeur. « Le dossier est d’abord partie à l’Inspection du travail et l’employeur a souhaité qu’il soit transmis à la justice. Il a donc été transmis à la Cour d’Appel. De là, il est passé à la Cour de Cassation », explique le représentant des victimes, Adama Sawadogo.

Après la délibération à la Cour d’Appel, les victimes ont instruit leur avocat de faire appel, mais celui-ci n’a pu le faire dans les délais. « Alors qu’il nous avait dit qu’il l’a fait. De là, nous avons cherché un autre avocat pour nous représenter valablement. Quand lui, il est allé pour redéposer, il a trouvé que les délais étaient effectivement dépassés », souligne Adama Sawadogo.

Après la Cour de Cassation, les victimes sont allées au niveau de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC). Sur place, elles ont été dirigées vers la Présidence du Faso, qui a confié le dossier au Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN).

Depuis lors, ce sont des inquiétudes et des interrogations qui alimentent le quotidien des 101 anciens travailleurs de la société de pneumatique par rapport au traitement de leur problème.

Comme chaque jeudi, depuis 2005, ces licenciés se retrouvent devant la maison des jeunes de Bobo-Dioulasso

Si le licenciement de ces 101 agents a été un coup dur pour eux, il est aussi sans conteste que la SAP Olympic a également pris un coup.

En effet, après le licenciement de ces employés (qui constituaient environ 80% du personnel de l’entreprise), la SAP Olympic a pu recruter de nouveaux agents, les former sur le tas et les mettre au travail. Cela, selon M. Sawadogo, a fait baisser la qualité des produits, d’où la perte de certains gros et fidèles clients. « Quelqu’un qui va faire 15, 17 ou 20 ans de service et celui qui est recruté avec un mois de formation, ne pourront pas forcément faire le même rendement », Adama Sawadogo en est-il sûr.

Du côté de l’entreprise, nos tentatives pour rentrer en contact avec les premiers responsables ont été vaines.

Depuis 2005, les travailleurs licenciés mènent toujours des démarches pour obtenir leurs droits de licenciement. Mais leurs efforts n’ont pas encore porté fruit et sont aujourd’hui presque tous désespérés et démunis. Cela fait donc 18 ans que chaque jeudi matin, dans un poignant rituel, ils se réunissent devant la maison des jeunes de Bobo-Dioulasso près de la bourse du travail et de la mairie centrale. C’est là qu’ils trouvent un peu de réconfort en partageant leurs peines et en se donnant des nouvelles.

Léandre Sosthène SOMBIE/ Collaborateur Ouest info

La rédaction
La rédaction
Ouest Info est un média en ligne basé à Bobo-Dioulasso dans la région de l’Ouest du Burkina Faso.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Abonnez-vous à notre Newsletter

Publicité

spot_img

Publicité

spot_img

Publicité

spot_img

Suivez nous sur Facebook

ARTICLES POPULAIRES

Bobo-Dioulasso : Elle décroche le BAC à 16 ans

Agée de 16 ans, Sanou Awa Farida était la plus jeune candidate de la région des Hauts-Bassins à la session 2023 du Baccalauréat. Examen...

Ali Konaté : L’homme qui a « gracieusement » offert ses engins pour réparer le pont de la Guinguetta

Ali Konaté. Ce nom est certainement connu comme étant celui du président de l’union nationale des dozos (UND) du Burkina.Mais derrière ce chasseur traditionnel...

Village de Pala : Les pas de Dinguin Gbaga ou les traces de l’existence d’un homme géant

Pala est un village rattaché à la commune de Bobo-Dioulasso. Habité en majorité par des forgerons bôbô, le village dispose de lieux mythiques qui...

Bobo-Dioulasso: Plus de 3 600 ha mobilisés par 26 sociétés immobilières

3 628,68 ha. C’est la superficie totale de terre mobilisée par 26 sociétés de promotion immobilière dans la commune de Bobo-Dioulasso.De ces 26 sociétés...

Lonabet: La plateforme de pari sportif en ligne de la LONAB

Le « Pari sportif » est un produit dérivé de la gamme Faso Pari logée dans l'architecture de marque de la LONAB. C'est un jeu...

Transport aérien : Le groupe EBOMAF lance Liza Aviation à Bobo Dioulasso le 27 avril 2023

Le groupe EBOMAF veut lancer Liza Aviation à Bobo Dioulasso le 27 avril 2023. Le leader du BTP a choisi de faire le vol...